Valentino Vendetta : dans les coulisses du lancement des deux parfums signés Ropion et Salamagne
Être invité par une maison comme Valentino à découvrir ses parfums en avant-première, c'est un privilège rare. Le cadre l'était tout autant : une suite du Peninsula, l'un des palaces les plus impressionnants de Paris, pour une masterclass consacrée à deux nouvelles créations réunies sous un même nom, Vendetta. Récit d'une journée, et surtout décryptage de deux parfums qui ambitionnent de remettre de la passion au cœur de la parfumerie.
## Le décor : une suite au Peninsula
Le Peninsula donne le ton dès l'entrée. Situé avenue Kléber, à deux pas de l'Arc de Triomphe, ce palace est installé dans un immeuble haussmannien de 1908, entièrement restauré lors de son ouverture en 2014 après des années de travaux. Son hall compte parmi les plus spectaculaires de la capitale.
C'est dans une suite de l'hôtel que Valentino avait choisi de recevoir. Un espace majestueux, que nous avons pu visiter avant la présentation, jusqu'à une salle de bain d'un luxe rare. La maison avait mis les petits plats dans les grands, avec un accueil soigné dans les moindres détails. Mais si le décor donnait la mesure de l'ambition, le cœur de la journée était ailleurs, dans deux flacons posés sur une table.
## Vendetta, un nom qui revient de loin
Avant d'entrer dans les compositions, une précision qui a son importance. Le nom Vendetta n'est pas inédit chez Valentino. La maison avait déjà lancé un parfum de ce nom en 1991, dans une version féminine florale fruitée et une version masculine cuirée. Reprendre ce nom en 2026 est donc un geste de réactivation d'un patrimoine, pas une création ex nihilo. La nouvelle interprétation n'a rien à voir, sur le plan olfactif, avec celle des années 1990, mais le clin d'œil à l'histoire de la maison mérite d'être noté.
Cette édition 2026 se présente comme une double expression de la passion, deux signatures olfactives distinctes et complémentaires, une féminine et une masculine, pensées comme un dialogue amoureux. Deux parfums, deux nez parmi les plus grands en activité.
## La version masculine, signée Marie Salamagne
D'après ce qui nous a été présenté lors de la masterclass, la version masculine est l'œuvre de Marie Salamagne, l'une des parfumeuses les plus récompensées de sa génération, primée à plusieurs reprises aux Fragrance Foundation Awards, y compris en 2026.
Le parfum est construit autour d'un gingembre frais, vif, éclatant, posé sur une profondeur boisée, liquoreuse et épicée. Cette structure, confirmée par la maison, lui donne un caractère à la fois lumineux en ouverture et enveloppant en fond. Lors de la présentation, la parfumeuse a mis en avant une matière particulièrement intéressante : l'Ambrever, une molécule développée par DSM-Firmenich qui recrée un ambre vert, à la fois lumineux et boisé.
C'est cette facette qui fait l'originalité du parfum. L'ambre, matière traditionnellement chaude, ronde, parfois lourde, est ici tiré vers quelque chose de frais, de végétal, presque minéral. On garde la sensualité de l'ambre, mais on lui retire son côté opulent et daté. Le résultat est un masculin moderne, vibrant, qui évite l'écueil de l'ambré classique déjà mille fois entendu.
## La version féminine, signée Dominique Ropion
La version féminine, toujours d'après la présentation, est signée Dominique Ropion, considéré comme l'un des plus grands parfumeurs vivants, auteur de Portrait of a Lady de Frédéric Malle, entré au Hall of Fame des Fragrance Foundation Awards 2026, et de nombreux classiques absolus de la parfumerie contemporaine.
Il a construit sa composition autour d'une tubéreuse sensuelle, lactée, intense. La fleur est associée, selon le site de la maison, à un nectar d'orange rouge lumineux et addictif, et à des bois enveloppants qui referment l'ensemble. La tubéreuse est l'une des fleurs les plus difficiles et les plus fascinantes de la palette du parfumeur, à la fois charnelle, capiteuse, presque narcotique. Lors de la masterclass, Ropion a expliqué avoir travaillé à partir d'un procédé d'extraction novateur, pensé pour préserver l'odeur de la fleur dans sa totalité, au plus proche de ce qu'elle exhale à l'état naturel.
D'après la maison, ces deux créations représentent environ deux ans de travail. Un temps de développement conséquent, qui se ressent dans la précision des compositions.
## Un lancement pensé comme une histoire
Vendetta ne se contente pas d'être un diptyque olfactif, c'est aussi un dispositif narratif. Selon le calendrier communiqué, le parfum sortira d'abord le 15 juillet dans les aéroports du monde entier, avant une sortie mondiale le 17 août. Un film sera dévoilé fin août, mettant en scène deux égéries pour incarner cette histoire d'amour, entre extravagance et élégance, deux mots qui résument assez bien l'ADN de la maison fondée par Valentino Garavani en 1960.
L'intention affichée derrière ce lancement est claire : remettre de la passion, de l'émotion et du désir au centre de la parfumerie. À une époque où le marché est saturé de lancements calibrés et de compositions prudentes, le pari est audacieux. Confier deux parfums à deux nez de ce niveau, leur laisser deux ans de développement, et les présenter comme un dialogue amoureux plutôt que comme deux produits séparés, c'est une manière de réaffirmer que le parfum reste un objet d'émotion avant d'être un objet de consommation.
## Un accès rare, un vrai plaisir
Découvrir ces deux créations en avant-première, dans ce cadre, en présence d'explications directes sur les matières et les procédés, fut un vrai plaisir autant qu'un honneur. Reste désormais l'épreuve du réel, celle du porté, qui dira si Vendetta tient toutes ses promesses une fois sur la peau. Les intentions, elles, sont là, et le niveau des parfumeurs mobilisés donne de sérieuses raisons d'y croire. Merci à la maison Valentino pour cette masterclass.