Une fleur, trois visages : la tubéreuse selon Une Nuit Nomade, Ormaie et Valentino

On raconte qu'autrefois, on se méfiait des champs de tubéreuse à la tombée du jour. Que son parfum, plus intense encore après le coucher du soleil, était jugé trop capiteux, trop troublant, presque dangereux pour les jeunes filles. La légende varie selon les régions et les époques, mais elle dit une vérité que la parfumerie n'a jamais démentie : la tubéreuse est la fleur la plus sulfureuse qui soit. Une fleur blanche à la réputation noire. Et cet été, elle est partout. Voici ce qu'il faut savoir sur elle, et trois manières très différentes de la porter en ce moment.

## Une fleur qui se mérite

La tubéreuse est une fleur blanche en étoile, à la longue tige, d'une puissance olfactive rare. Grave, crémeuse, lactée, presque animale sous ses dehors floraux, elle a toujours divisé : on l'adore ou on la fuit, il n'y a pas de demi-mesure. Elle a nourri quelques-uns des parfums les plus mythiques de l'histoire, de Fracas de Robert Piguet à Poison de Dior, en passant par Carnal Flower de Frédéric Malle.

Deux choses à savoir pour comprendre pourquoi elle fascine autant les parfumeurs. D'abord, elle se cueille à la main, fleur par fleur, un travail minutieux et lent. Et elle a cette particularité, commune au jasmin, de continuer à produire son parfum un à deux jours après avoir été cueillie, comme si elle refusait de mourir tout à fait.

Ensuite, et c'est le point décisif, la chaleur détruit ses composés odorants les plus précieux. Impossible, donc, de la distiller comme on distille une lavande. C'est pourquoi on l'a longtemps traitée par enfleurage à froid, cette technique ancestrale et prodigieusement exigeante qui consiste à déposer les fleurs fraîches sur une couche de graisse purifiée, à les renouveler chaque jour pendant des semaines, jusqu'à saturation, avant de laver le tout à l'alcool pour obtenir l'absolue. Un procédé quasiment disparu aujourd'hui, remplacé par l'extraction aux solvants et, plus récemment, par des technologies d'avant-garde que nous allons voir. Mais l'idée demeure : la tubéreuse ne se laisse pas prendre par la force. Il faut la traiter avec douceur, à froid, patiemment. C'est une matière qui impose son rythme.

## Trois tubéreuses récentes, trois visages

Ce qui me fascine avec cette fleur, c'est qu'elle peut tout dire. Elle peut être une sainte ou une pécheresse, un drap propre ou une peau nue. Trois parfums sortis récemment le prouvent magnifiquement, en partant de la même fleur pour aboutir à trois personnalités radicalement opposées.

La suite est réservée aux membres

Créez votre compte gratuit pour lire l'intégralité du Journal, commenter les articles et rejoindre la communauté de passionnés de parfum.

Une fleur, trois visages : la tubéreuse selon Une Nuit Nomade, Ormaie et Valentino | Revue Parfum