Steak grillé, poudre à canon, métal chaud : à quoi ressemble vraiment l'odeur de l'espace

# L'odeur de l'espace : ce que respirent vraiment les astronautes au retour d'une sortie

C'est une question d'enfant, de celles qu'on n'ose plus se poser une fois adulte, et pourtant elle a une vraie réponse, documentée par la NASA et racontée par ceux qui sont allés là-haut. À quoi ressemble l'odeur de l'espace ? Que respirent vraiment les astronautes quand ils reviennent d'une sortie dans le vide ? La réponse est surprenante, un peu dérangeante, et profondément fascinante pour qui, comme moi, s'intéresse à tout ce que le nez peut percevoir. Enquête sur le parfum du cosmos.

## On ne peut pas sentir le vide

Première évidence qu'il faut lever. L'espace, le vide intersidéral, ne se sent pas directement. Et pour une raison simple : il n'y a presque aucune molécule à y respirer, et surtout, aucun astronaute ne va retirer son casque dans le vide pour renifler. Sentir suppose de l'air, des molécules qui atteignent les récepteurs du nez. Dans le vide, rien de tout cela.

Et pourtant, les astronautes sont formels, et ils le répètent depuis des décennies. L'espace a une odeur. Le moment où ils la perçoivent est toujours le même : au retour d'une sortie extravéhiculaire, une fois rentrés dans le sas, quand la pression est rétablie et qu'ils retirent leur casque. Là, quelque chose les frappe. Une odeur tenace, accrochée à la combinaison, aux gants, aux outils, à tout ce qui a séjourné dehors. Ce n'est pas le vide qu'ils sentent, mais ce que le vide a déposé sur leur équipement.

## Steak grillé, poudre à canon et métal chaud

Le plus troublant, c'est la constance des descriptions. Des astronautes américains, européens et russes, qui ne se sont pas concertés, emploient depuis cinquante ans un vocabulaire remarquablement proche. L'odeur de l'espace, disent-ils, évoque le métal chaud, l'ozone, la poudre à canon, et surtout, de façon récurrente, le steak grillé ou les fumées de soudure.

La description la plus célèbre est celle de l'astronaute de la NASA Don Pettit. Il la décrit comme une sensation métallique, douce et plutôt agréable, qui lui rappelait ses étés d'étudiant passés à manier un chalumeau à souder pour réparer du matériel, une odeur de fumées de soudure sucrées. L'Européen André Kuipers a parlé d'une nette odeur de steak saisi, l'Américain Thomas Jones d'un ozone âcre. D'autres encore ont évoqué les amandes grillées, et certains, plus étonnamment encore, une note fruitée. Loin d'être repoussante, cette odeur est souvent décrite comme curieusement plaisante par ceux qui l'ont respirée.

## D'où vient cette odeur ?

La science a plusieurs pistes, et elles sont passionnantes. La première tient à l'oxygène atomique. En orbite basse, le rayonnement ultraviolet du Soleil casse les molécules d'oxygène de la haute atmosphère en atomes isolés, très réactifs, qui viennent se coller à la combinaison de l'astronaute pendant sa sortie. Quand le sas est repressurisé et que l'air revient, ces atomes se recombinent, notamment en ozone, cette molécule à l'odeur métallique et électrique que l'on sent parfois après un orage ou près d'un appareil électrique. Voilà pour la facette métallique.

La seconde piste, plus savoureuse, concerne les hydrocarbures aromatiques polycycliques, que les chimistes appellent les HAP. Ce sont des molécules de carbone extrêmement répandues dans tout l'univers, produites par les étoiles, présentes dans les comètes et la poussière cosmique. Or ces mêmes structures carbonées se forment aussi lorsqu'on grille un aliment, lors de la fameuse réaction de Maillard, celle qui donne son goût à une viande saisie ou à un pain doré. Notre cerveau, en reconnaissant ces molécules, interprète spontanément le signal comme une odeur de grillé. L'espace sentirait le steak, en somme, parce qu'il partage sa chimie avec notre cuisine. Les analyses menées sur les combinaisons après une sortie ont d'ailleurs identifié plus de quatre-vingts composés volatils, présents en quantités infimes, de l'ordre de quelques parties par milliard.

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