Shade of Blue : la lavande de mon enfance, sublimée au crépuscule
Il y a des lancements qu'on attend, et il y a ceux qui vous touchent en plein cœur. Shade of Blue, le nouveau parfum d'Une Nuit Nomade que j'ai découvert ce matin en exclusivité chez Jovoy, est de ceux-là. Et pour cause : je suis de Manosque, à quelques kilomètres du plateau de Valensole, ce plateau-là même qui a inspiré le parfum. La lavande dont je vais vous parler, ce n'est pas une image lointaine pour moi, c'est le paysage de ma vie. Alors voir une maison de niche s'en emparer avec autant de justesse me touche particulièrement, et me réconcilie avec une matière trop souvent malmenée. Voici pourquoi ce parfum est, pour moi, l'un des plus beaux de la rentrée.
## La lavande, cette mal-aimée qu'on redécouvre
Disons-le franchement : la lavande a longtemps souffert d'une image difficile. Reléguée au souvenir du placard de grand-mère, du savon, du sachet parfumé, ou enfermée dans les structures fougères classiques de la parfumerie masculine, elle peine à exister comme une matière noble et contemporaine. C'est injuste, car c'est l'une des plus belles signatures de la Provence, de mon coin de France.
Avec Shade of Blue, Une Nuit Nomade prend le contre-pied. La maison, fidèle à sa parfumerie de voyage et d'émotion, ne raconte pas la lavande du cliché, mais celle d'un instant très précis : le plateau de Valensole au crépuscule, quand la lumière décline et que les épis mauves virent au bleu froid, presque électrique. Ce moment, je l'ai vécu des dizaines de fois. Quand on habite tout près, on sait que la lavande de Valensole n'a pas la même odeur à midi, écrasée de soleil, et le soir, quand l'air fraîchit et que le parfum devient plus rond, plus profond. C'est exactement cette bascule, ce moment suspendu entre le jour et la nuit, que le parfum cherche à capturer. Le nom le dit, une nuance de bleu, celle de la fleur à l'heure où le soleil disparaît.
## Une composition signée Marine Ipert
Le parfum est l'œuvre de Marine Ipert, parfumeuse chez Takasago. Elle a construit une lavande à plusieurs voix, en jouant sur différentes facettes de la fleur : une absolue de lavande pour la profondeur et les nuances miellées, la lavande pour sa fidélité au champ, et le lavandin pour la fraîcheur aromatique et fusante. Trois lectures d'une même plante, superposées comme des dégradés de bleu.
Autour de ce cœur, la construction est d'une élégance de contrastes. En ouverture, la bergamote apporte l'éclat lumineux, tandis que la myrrhe installe d'emblée une fraîcheur résineuse et minérale qui tend l'ensemble et l'empêche de sombrer dans la douceur facile. Et en fond, c'est là que se joue toute l'audace, une absolue de fève tonka et un accord caramel viennent réchauffer la fleur, la rendre gourmande, presque caramélisée, exactement comme la lavande gorgée de soleil peut le devenir en fin de journée. Le pari est risqué, car le sucre pourrait étouffer la fleur. Il n'en est rien : la gourmandise soutient la lavande sans jamais l'écraser, et c'est ce qui fait la réussite du parfum.
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