Quatre ans à restaurer Dior : dans les archives des Dioriginals
Francis Kurkdjian a passé quatre ans à restaurer treize parfums Dior. Non pas à les reformuler, mais à les restaurer, exactement comme on restaure un tableau de maître abîmé par le temps. Dior m'a envoyé le résultat, la collection Dioriginals, et ce coffret raconte bien plus qu'une histoire de flacons. Il raconte deux mondes, deux époques, et quatre-vingts ans d'histoire d'une maison. Récit d'un voyage olfactif.
## Une restauration, pas un lifting
Quand Francis Kurkdjian arrive à la direction de la création parfum de Dior, fin 2021, il fait un constat lucide. Avec les décennies, ces parfums historiques ont changé. Des matières premières sont devenues introuvables, des réglementations ont écarté certaines facettes, et au fil des reformulations successives, des ajouts se sont accumulés qui n'existaient pas dans la formule d'origine.
Alors il ouvre les archives de la maison et entreprend un travail d'orfèvre : rendre à chaque composition son état initial. Il le dit joliment lui-même, un parfum se chérit comme une œuvre d'art, et de même qu'on ravive l'éclat et les couleurs d'un tableau, il faut restaurer les matières d'un parfum pour retrouver sa qualité et ses nuances. Ce n'est pas un rafraîchissement commercial, c'est une restauration patrimoniale. Les treize parfums sont réunis sous un nom de code, Dioriginals, et répartis en deux chapitres, deux mondes.
## Dior in Grasse, la lumière du Sud
Le premier monde, Kurkdjian l'appelle Dior in Grasse. Il couvre les créations des débuts, de la fin des années 1940 au début des années 1970. C'est le Sud, la lumière, les fleurs. Christian Dior possédait son château près de Grasse, La Colle Noire, et son parfumeur de génie, Edmond Roudnitska, composait depuis sa maison de Cabris, perchée sur les collines au-dessus de la ville, entouré de nature.
De cet esprit naissent des parfums frais, lumineux, presque composés en plein air. Eau Fraîche, créé en 1955, pionnier des fragrances fraîches, qui était le parfum que Christian Dior portait lui-même. Diorella, pensée comme le pendant féminin et solaire d'Eau Sauvage. Et surtout Diorissimo, créé en 1956, considéré comme l'un des chefs-d'œuvre absolus de la parfumerie, un muguet d'une vérité stupéfiante. Le muguet était la fleur fétiche du couturier, au point qu'il en faisait coudre des brins dans l'ourlet de ses robes, pour porter chance.
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