Paris Perfume Week : mes vrais coups de cœur, les marques que j’ai vues, et pourquoi cette édition m’a marqué
À la Paris Perfume Week , j’ai retrouvé exactement ce que j’aime dans le parfum : de la création, des personnalités, des maisons très différentes, de la technique, de l’émotion, et surtout de vraies rencontres. C’est sans doute ce que cet événement réussit le mieux : faire cohabiter des marques déjà identifiées, des propositions plus confidentielles, des démarches très artistiques, des approches techniques et des échanges humains qui redonnent du relief à tout le secteur. L’édition 2026 annonçait plus de 160 marques et un programme de conférences, tables rondes et expositions consacré à la culture olfactive contemporaine.
## Ce que j’attends d’un salon, et ce que j’ai vraiment retrouvé ici
Un salon de parfum devient intéressant quand il ne se contente pas d’aligner des flacons. Ce que j’attends, c’est d’y voir des écritures, des tempéraments, des partis pris, des maisons qui ont quelque chose à dire au-delà de la nouveauté. Et c’est précisément ce que cette Perfume Week m’a donné : des créations déjà solides, des signatures en devenir, de belles confirmations, et quelques surprises très nettes.
Je n’en retiens pas seulement une succession de stands, mais un paysage. Un paysage dans lequel cohabitent le travail de la matière, l’identité de marque, l’audace créative, la pédagogie olfactive et le plaisir simple de rencontrer des gens qui vivent réellement leur sujet.
## Atelier Materi et Tonka Kumaru : un vrai moment de justesse
Parmi les belles impressions du salon, Atelier Materi fait partie des maisons qui m’ont immédiatement rappelé pourquoi la parfumerie de niche peut encore produire des choses très justes. La maison revendique un luxe sincère, artisanal, centré sur la beauté brute des matières, avec une esthétique minimaliste et contemporaine.
Et dans cet esprit, Tonka Kumaru m’a paru particulièrement réussi. Officiellement, Atelier Materi le présente comme une création gourmande et sensuelle autour de la fève tonka, avec une construction qui fait dialoguer bergamote, cardamome, amande, orge torréfiée, foin, vanille, ambre et muscs. Sur place, c’est surtout l’équilibre du parfum qui m’a marqué : quelque chose de beau, de souple, de confortable, sans tomber dans la facilité gourmande.
## Bontemps Paris : la rencontre avec Julie et Florian Gallo, et un Haïku très artistique
L’un des beaux moments de la journée, c’était clairement la rencontre avec Julie et Florian Gallo de Bontemps Paris. Et c’est aussi pour ça qu’un salon comme celui-ci compte : il remet des visages, des voix et une sensibilité derrière les projets.
Bontemps Paris fait partie de ces maisons qui attirent parce qu’elles sont directement reliées à un parfumeur. Paris Perfume Week présente d’ailleurs la marque comme l’une de ces rares maisons créées par un parfumeur lui-même, Florian Gallo, également parfumeur-créateur chez dsm-firmenich à Paris. Bontemps le présente aussi officiellement comme un spécialiste de l’olfaction et un parfumeur-créateur au sein de dsm-firmenich.
Ce que je retiens surtout, au-delà du cadre, c’est ce futur Haïku très artistique que j’ai découvert sur place, entre vanille régressive et encre bleue. C’est typiquement le genre de proposition qui reste en tête parce qu’elle ne cherche pas seulement à sentir bon : elle cherche à installer une image, presque une texture mentale, une aquarelle dopée à l'encre de chine.
## Fueguia 1833 et Cactus Azul : l’élégance d’un univers déjà construit
Fueguia 1833 continue de m’intéresser parce que la maison ne propose pas seulement des parfums, mais une vision très articulée du monde. Fondée par Julian Bedel, la marque se définit comme une parfumerie ethnobotanique, nourrie par l’histoire, la nature, les communautés d’Amérique du Sud et un dialogue constant entre recherche, artisanat et émotion.
Dans ce contexte, retrouver Cactus Azul avait quelque chose d’évident. C’est le genre de parfum qui rappelle immédiatement la singularité de Fueguia : une maison capable de rester reconnaissable, sans jamais donner l’impression de se répéter. C’est une présence forte, déjà installée, mais qui conserve une vraie capacité de fascination.
## Granado : une maison iconique au Brésil, et une banane verte franchement réussie
J’ai aussi beaucoup aimé retrouver Granado, maison historique brésilienne, dont l’univers reste à part dans le paysage parfum actuel. La marque s’inscrit dans un imaginaire très lié au Brésil, à ses matières, à sa culture et à une forme de sensualité plus solaire.
Ce qui m’a particulièrement marqué sur place, c’est un futur lancement autour d’une banane verte, charnue, tropicale, que j’ai trouvé franchement réussi. C’est le genre de piste olfactive qui pourrait facilement basculer dans le gadget, mais qui ici ouvrait au contraire quelque chose de très vivant, très incarné, presque tactile. À ce stade, je le retiens comme l’une des propositions les plus fraîches et les plus inattendues croisées sur le salon.
## Voyageur Olfactif et Coelia : un beau travail de mise en récit
Autre belle découverte ou confirmation : le travail de Voyageur Olfactif autour de Coelia. Coelia se présente comme une maison de voyages olfactifs, avec des créations pensées comme des récits sensoriels fondés sur des matières nobles, une signature élégante et une dimension émotionnelle affirmée. La marque met en avant son lien avec Billel Fathallah, connu sous le nom de Voyageur Olfactif, en tant que créateur et visage du projet.
Sur place, la découverte de Coelia m’a surtout donné l’impression d’un travail cohérent, tenu, sérieux. Ce n’est pas seulement une extension de créateur de contenu : on sent une volonté réelle de construire une écriture.
## Born to Stand Out : une redécouverte vraiment convaincante
J’ai aussi vécu une redécouverte réussie de Born To Stand Out. La marque coréenne assume un discours frontal, rebelle, anti-standard, avec une identité très travaillée qui mélange irrévérence contemporaine et réinterprétation de références culturelles coréennes, jusque dans l’esthétique des flacons.
Mais ce qui compte, au fond, ce n’est pas seulement le manifeste. C’est le fait qu’au salon, la marque m’a réellement réservé de bonnes surprises. Et c’est important de le dire, parce qu’il y a parfois des maisons qu’on admire surtout pour leur image ; ici, la redécouverte passait aussi par le plaisir concret de sentir.
## Layel Paris et Suede Moon : délicatesse, matière, précision
Layel Paris m’a laissé une impression très positive, notamment avec Suede Moon. Officiellement, la maison présente ce parfum, signé Margaux Le Paih-Guérin, comme une vision douce, lumineuse, tactile et presque gourmande, construite autour de l’amande, de l’iris, de l’osmanthus, du gaiac, du daim, de la fève tonka, du santal et du musc blanc.
Sur peau comme dans l’idée, Suede Moon fait partie de ces parfums qui installent une atmosphère plutôt qu’un simple effet. C’est un très joli parfum, subtil sans être timide, travaillé sans lourdeur.
## Infiniment Coty : des extraits très solides
Les nouveaux extraits de Infiniment Coty m’ont aussi paru très solides. La maison se présente comme une nouvelle ère de la parfumerie, à l’intersection de l’héritage Coty, de la science et de l’émotion. Son site met actuellement en avant plusieurs nouveaux extraits, dont Encore Une Fois L’Osmium, L’Amour Pourpre L’Osmium et Après L’Amour L’Osmium.
Ce que j’en retiens à chaud, c’est une impression de sérieux. Ce ne sont pas des lancements anecdotiques ou opportunistes : il y a du fond, de la concentration, de la présence. Dans un salon où l’on sent énormément de choses en très peu de temps, ce genre de solidité se remarque immédiatement.
## Une Nuit Nomade et Shade of Blue : mon plus gros coup de cœur du salon
S’il ne fallait garder qu’un vrai grand choc personnel de cette édition, ce serait probablement celui-là. Une Nuit Nomade se définit comme une invitation au voyage immobile, une manière de faire du parfum une traversée émotionnelle et géographique.
Mais mon plus gros coup de cœur du salon, c’est Shade of Blue, futur lancement automnal que j’ai découvert sur place. Ce que j’y ai senti m’a immédiatement accroché : une lavande caramel totalement folle, au point qu’il faudra l’analyser sérieusement. Là, on n’est plus dans la simple curiosité de salon. On est dans le parfum qui interrompt le flux, qui impose un arrêt, qui donne envie d’y revenir. Et c’est rare.
## La diversité de cette édition : culture, technique, innovation
Ce que j’ai aussi beaucoup aimé dans cette Perfume Week, c’est sa diversité réelle. Pas une diversité de façade, mais une diversité de propositions.
Il y avait des approches artistiques et culturelles, avec des présences comme Scento d’Italia et surtout L'Osmothèque, institution unique consacrée à la conservation de la mémoire des parfums et à la transmission de la culture olfactive. Dans un salon saturé de nouveautés, voir cohabiter patrimoine, création contemporaine et médiation culturelle fait du bien.
Et il y avait aussi des temps plus techniques, notamment autour de dsm-firmenich, groupe majeur de la composition parfumée, que tu as retrouvé dans des échanges consacrés à la rose et à différentes technologies parfum. Ce type de présence rappelle une chose essentielle : derrière l’émotion du parfum, il y a aussi de la formulation, de la recherche, des matières, des outils et des savoir-faire industriels de très haut niveau.
## Merci aux abonnés : MEZEL, Isabelle Larignon, et de très belles surprises
Il faut aussi le dire : les recommandations de la communauté ont compté. Merci aux abonnés qui m’ont poussé à aller sentir MEZEL. J’y ai découvert Cuir de Pastèque, que la marque présente comme une création inspirée par la fraîcheur de la pastèque, transformée en un cuir chic et exotique, avec baies de genièvre, accord pastèque, lavande, beurre d’iris du Maroc, ambroxan et cèdre. L’idée d’un cuir de pastèque est déjà forte sur le papier ; en vrai, elle est étonnante, et surtout beaucoup plus convaincante qu’on pourrait l’imaginer.
Même logique avec Isabelle Larignon, personnalité atypique, qui propose une parfumerie d’auteur très reconnaissable. J’ai beaucoup aimé l’exécution globale de son travail, avec une mention spéciale pour Mandi Rhubi, que la maison décrit comme un parfum joyeux, vert, pétillant, traversé notamment par des agrumes, du cassis, de l’élémi, du galbanum, du genièvre, du poivre noir, de la rhubarbe, du cèdre de Virginie, du cyprès et du vétiver. Là encore, on est face à une vraie personnalité de marque, pas à une proposition interchangeable.
## Ce que je retiens vraiment de cette Paris Perfume Week
Au fond, c’est exactement ça que je retiens de cette Paris Perfume Week : un événement capable de faire cohabiter grandes maisons, marques indépendantes, propositions confidentielles, innovation, culture olfactive et rencontres humaines.
C’est ce mélange qui fait la valeur du salon. On peut y croiser une maison déjà structurée comme Atelier Materi, une rencontre marquante comme celle de Julie et Florian Gallo chez Bontemps Paris, une signature forte comme Fueguia 1833 avec Cactus Azul, une belle surprise venue de Granado, une proposition cohérente chez Coelia avec Voyageur Olfactif, une redécouverte convaincante de Born to Stand Out, un très joli Suede Moon chez Layel Paris, des extraits solides chez Infiniment Coty, un énorme coup de cœur avec Shade of Blue chez Une Nuit Nomade, puis finir par des détours précieux du côté de MEZEL, Isabelle Larignon, L’Osmothèque ou des échanges plus techniques autour de dsm-firmenich.
Et franchement, c’est ce qu’on demande à un événement comme celui-ci : pas seulement montrer le parfum, mais faire sentir à quel point il peut encore être vivant, multiple et profondément humain.
## Remerciements
Merci à toutes les maisons croisées, aux créateurs, aux équipes, et à toutes celles et ceux avec qui j’ai pu échanger sur place. Merci aussi aux abonnés pour leurs recommandations, parce qu’elles ont clairement orienté certaines de mes plus belles découvertes du salon.