Mayrit, Esencia, Cobalt, Earth : voyage dans la parfumerie méconnue de Loewe
J'ai un problème avec cette maison. Tout le monde connaît ses sacs, devenus l'un des symboles les plus désirables du luxe contemporain, et presque personne ne connaît ses parfums. Alors qu'ils sont, pour beaucoup, superbes. Cette maison, c'est Loewe. Je la connaissais de nom, forcément, mais je n'avais jamais vraiment pris le temps de la sentir. Je viens de le faire, et j'en suis reparti avec plusieurs coups de cœur. Récit d'une découverte que je vous invite à faire à votre tour.
## Loewe, la doyenne du luxe espagnol
Avant les parfums, un mot sur la maison, car son histoire est méconnue et pourtant remarquable. Loewe est une maison espagnole née à Madrid en 1846. Cela en fait l'une des plus anciennes maisons de luxe encore en activité aujourd'hui, avec près de cent quatre-vingts ans d'histoire. Elle s'est bâtie, comme Hermès en France, sur l'excellence du travail du cuir, un savoir-faire artisanal qui reste au cœur de son identité et qui explique la qualité de sa maroquinerie.
Longtemps, la parfumerie de Loewe est restée dans l'ombre de sa mode et de ses sacs. C'est en partie une question de distribution et de notoriété : ses parfums, très populaires en Espagne où certains sont des classiques absolus, sont restés confidentiels ailleurs. C'est précisément ce décalage que je trouve passionnant, et un peu injuste. Car il y a là de vraies pépites.
## Un Paseo por Madrid, la plus belle collection
On commence par ce qui est, à mes yeux, leur plus belle collection : Un Paseo por Madrid, une promenade dans Madrid. L'idée est charmante et cohérente avec l'ADN de la maison : chaque parfum capture un lieu, un moment, une facette de la capitale espagnole, ville natale et spirituelle de Loewe. Une balade olfactive, en somme.
Mon préféré de la collection, c'est Mayrit. Le nom fait référence à l'appellation du Madrid arabe médiéval, jadis nommé Mayrit. La composition, construite autour de la fleur d'oranger, du jasmin et de l'ambre, est solaire, lumineuse, une vraie carte postale olfactive de Madrid sous le soleil. C'est le genre de parfum qui met de bonne humeur.
Vient ensuite Prado, un hommage au célèbre musée du Prado, dont le nom signifie aussi le pré, la prairie. Ses notes florales et boisées, portées par un patchouli terreux et une vanille douce, en font un parfum élégant et posé, d'une sérénité de salle de musée où l'on contemple des chefs-d'œuvre. Une composition qui respire le calme et le raffinement.
Puis Doré, inspiré du cinéma Doré, salle mythique et moderniste de Madrid. Là, on change d'ambiance : la rose et la fleur d'oranger rencontrent la cannelle et la noix de muscade, sur un fond de patchouli, de benjoin et de fève tonka. Épicé, chaud, légèrement gourmand, c'est le plus enveloppant des trois, comme la pénombre feutrée d'une salle de projection.
## Esencia, le classique culte des années 80
On change de registre avec Esencia. Il faut savoir qu'Esencia est un parfum culte de la maison, créé en 1988, l'un de ces grands masculins de la décennie, à l'époque des compositions puissantes et affirmées. J'ai pu sentir la version Esencia Elixir, sa déclinaison la plus concentrée.
Des bois, des herbes aromatiques, un cuir fumé : c'est viril, dense, magnétique, dans la grande tradition des parfums masculins de caractère. Pour qui aime les fragrances qui ont de la présence et une vraie personnalité rétro assumée, c'est une valeur sûre. On sent l'héritage, la patine d'un classique qui a traversé les décennies.
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