Malombra, Nylon Noir, Compulsion : Prada réveille Olfactories, sa collection privée culte
Prada vient d'enrichir l'une de ses collections les plus confidentielles avec cinq nouveaux parfums, vendus 345 euros pièce, qui n'ont rien à voir avec les best-sellers grand public de la maison. Loin de Paradoxe ou de Candy, il s'agit d'Olfactories, la collection privée la plus pointue de Prada. L'occasion de revenir sur une gamme à part, et sur ce que ces nouveautés disent de la stratégie de la maison.
## Olfactories, le versant secret de Prada
À côté de ses parfums grand public, Prada développe depuis 2015 une collection d'exception baptisée Prada Olfactories. Une gamme à distribution ultra-restreinte, disponible seulement dans une poignée de boutiques Prada et quelques grands magasins sélectionnés, pensée comme un cabinet olfactif plutôt que comme une ligne commerciale.
La collection a été confiée dès l'origine à Daniela Andrier, parfumeuse de la maison Givaudan qui compose l'ensemble des parfums Prada depuis 2002. C'est elle qui a créé les grands succès de la marque, et c'est elle qui a donné à Olfactories son identité si particulière. Le principe créatif est clair : Miuccia Prada apporte une vision, Andrier la traduit en parfum, dans ce qu'elle appelle des poèmes chimiques. Les compositions ne sont pas construites pour plaire au plus grand nombre ni pour suivre les tendances du marché, mais pour déclencher un souvenir précis, une sensation, l'expérience cinématographique d'un rêve à moitié oublié.
L'esthétique de la collection repose sur le contraste et le décalage. Le féminin face au masculin, le réel face à l'imaginaire, le banal qui devient précieux. C'est une parfumerie de juxtapositions, très cohérente avec l'univers mode de Prada, où le mauvais goût assumé devient chic et où la matière la plus ordinaire, le nylon, est traitée comme un luxe.
## Les cinq nouveaux parfums
Voici les cinq nouveautés annoncées. À noter qu'une sixième création, Tainted Violet, accompagne cette vague de lancements, ce qui élargit encore la collection.
Malombra est un cuir, sans doute le plus sombre de la série. Il est construit autour d'un accord Cuir Saffiano, chaleureux, du nom du cuir grainé emblématique de la maroquinerie Prada, avec un caractère de liqueur vieillie en fût de chêne qui lui donne sa profondeur.
Nylon Noir est un floral musqué. Un jasmin lumineux s'y fond dans un accord Nylon, clin d'œil direct au matériau signature de Prada, avant de se poser sur un musc réconfortant, porté comme une seconde peau.
Compulsion est un boisé musqué minéral. Sa composition associe l'Ambrofix, une molécule ambrée boisée, à la coumarine, le tout rehaussé d'aldéhydes pétillants. À la lecture de ce profil, j'en déduis qu'il s'agirait du remplaçant de Cargo de Nuit, ce boisé musqué de la collection d'origine aujourd'hui retiré du catalogue, dont Compulsion semble reprendre la structure et l'esprit. Prada ne le présente pas officiellement comme tel, mais pour moi la filiation ne fait guère de doute. Je regrette d'ailleurs le changement de nom : Cargo de Nuit était plus évocateur.
Trembled Blossoms est un chypré vert. Un duo végétal de cassis et de menthe s'y déploie sur un fond délicat de suède musqué, dans un registre frais et poudré.
Pink Flamboyance, enfin, est un floral fruité. Une rose éclatante s'y déploie en un accord succulent de cerise, relevé d'une touche de néroli. Là encore, j'en déduirais volontiers qu'il vient remplacer Pink Flamingos, l'un des parfums originels de la collection construit autour de la rose, de la cerise et de l'iris. La parenté olfactive est trop nette pour être un hasard, même si, une fois de plus, Prada ne communique pas sur un renommage officiel.
## La collection entière relancée
Le détail le plus révélateur n'est pas dans les nouveautés elles-mêmes, mais dans ce qui les accompagne. En parallèle de ces créations, Prada semble engager une relance globale de la collection Olfactories, avec un travail sur les flacons et le catalogue. La gamme historique, qui comptait dix parfums en 2015, est en train d'être recomposée, certains parfums disparaissant, d'autres apparaissant, dans un mouvement qui dépasse le simple ajout de références.
Cela signifie que Prada ne se contente pas d'agrandir Olfactories. La maison réinvestit et réactualise l'ensemble de sa collection privée, ce qui traduit une ambition renouvelée sur le segment du parfum de luxe à distribution restreinte, là où se jouent aujourd'hui le prestige et les marges les plus élevées du secteur.
## Une signature du décalage
Cinq nouveaux contrastes, donc, mais une même signature. L'esthétique du décalage, très Prada, où une matière industrielle comme le nylon côtoie le jasmin, où le cuir se teinte de liqueur, où la rose se mêle à la cerise. Chaque parfum est livré dans un pochon en satin à l'imprimé de la maison, détail qui prolonge le lien avec l'univers mode et rappelle que ces objets sont pensés comme des pièces de collection autant que comme des parfums.
Je n'ai pas encore senti ces cinq nouveautés. Dès que ce sera le cas, je reviendrai avec une analyse détaillée, parfum par parfum, pour voir si les compositions tiennent la promesse des intentions. En attendant, une chose est sûre : avec Olfactories, Prada continue de cultiver un territoire à part, exigeant, cohérent, et volontairement à contre-courant de la parfumerie qui cherche à plaire en trois secondes.