Kilian The Cocktails : la maison premium tente le pari de l'accessibilité
Kilian Paris, l'une des maisons les plus premium de toute la parfumerie de niche, tente un vrai pari : celui d'une plus grande accessibilité. J'étais à la soirée de lancement de sa nouvelle collection, The Cocktails, trois parfums inspirés de grands cocktails, pensés pour toucher un public plus large. Récit d'une soirée, et décryptage d'un pari audacieux pour une maison de ce rang.
## Une maison née dans l'alcool, au sens noble
Pour comprendre cette collection, il faut connaître l'ADN de la maison. Kilian Paris a été fondée en 2007 par Kilian Hennessy, héritier de la célèbre maison de cognac Hennessy. Ce n'est donc pas un hasard si la marque a toujours entretenu un lien intime avec l'univers des spiritueux : ses plus belles réussites, de la collection The Liquors à Angels' Share, célèbrent l'alcool comme matière noble, chaleureuse, enveloppante. Passée dans le giron du groupe Estée Lauder en 2016, la maison a bâti sa réputation sur des gourmands riches et des flacons luxueux à la signature laiton.
Avec The Cocktails, Kilian prolonge naturellement cet imaginaire, en le déplaçant du bar feutré vers la fête, la célébration, la légèreté. Trois cocktails iconiques traduits en parfum, dans un nouveau flaconnage inspiré d'un verre de bar, au format 75 millilitres.
## Le pari de l'accessibilité, à nuancer
Le vrai sujet de ce lancement, au-delà des parfums, c'est le positionnement. Avec un prix situé autour de 145 euros et une distribution pensée pour un public plus large, Kilian cherche clairement à élargir son audience, à séduire une clientèle plus jeune, peut-être moins initiée à la niche.
Soyons précis, car le mot accessibilité mérite une nuance. À 145 euros, on ne parle évidemment pas d'un parfum du quotidien pour tout le monde. C'est un prix qui reste premium dans l'absolu. Mais rapporté à l'univers Kilian, où les créations iconiques dépassent souvent allègrement les 240 euros, l'effort est réel et le geste est notable. Pour une maison qui a construit son image sur l'exclusivité et le prix élevé, viser un positionnement plus abordable est un pari risqué : celui de démocratiser sans banaliser, de s'ouvrir sans se dévaloriser. C'est un exercice d'équilibriste, et c'est ce qui rend ce lancement intéressant à observer, au-delà des flacons.
## Sparkling Royal, la célébration
J'ai pu découvrir les trois créations sur place. La première, Sparkling Royal, est une interprétation pétillante du Kir Royal. Signée par Calice Becker, la parfumeuse historique de Kilian, à qui l'on doit aussi le mythique J'adore de Dior, elle s'ouvre sur une menthe marocaine et un citron d'Italie d'une grande fraîcheur, avant qu'un accord de cassis sauvage et de rose bulgare ne lui donne de la profondeur. La fève tonka torréfiée et les muscs prolongent cette impression lumineuse.
Le résultat évoque des bulles de champagne, frais et festif. Un peu plus féminin que les deux autres, mais tout à fait portable par tous. Fait notable, c'est le seul des trois à ne pas plonger dans un fond gourmand, ce qui en fait le plus léger, le plus vif. Le parfum de la célébration, à porter quand on trinque.
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