Interdit à cause de son nom : la véritable histoire du parfum Champagne d’YSL
En France, un parfum a été interdit par la justice. Pas pour sa formule, ni pour un ingrédient dangereux. Pour son nom. Cette histoire, qui mêle deux fleurons du savoir-faire français, le parfum et le champagne, est l'une des plus savoureuses batailles juridiques de l'histoire de la parfumerie. Elle a transformé un immense succès commercial en cas d'école du droit des marques. Récit.
## 1993, Yves Saint Laurent lance Champagne
Retour en septembre 1993. La maison Yves Saint Laurent lance une nouvelle fragrance féminine, et elle choisit un nom qui claque : Champagne. Tout, dans le produit, joue sur cette référence festive. Le flacon reprend de façon stylisée la partie haute d'une bouteille de champagne, tout en rondeur. La couleur du liquide évoque le vin. Et le positionnement promet un parfum pour les femmes joyeuses, pétillantes, effervescentes, à l'image des bulles.
Sur le plan olfactif, la création est remarquable. Signée par Sophia Grojsman, l'une des plus grandes parfumeuses du XXe siècle, à qui l'on doit Paris d'Yves Saint Laurent ou Trésor de Lancôme, c'est un chypre fruité éclatant, construit autour de la nectarine, du litchi, de l'anis, de la rose et de la mousse de chêne. Une composition pétillante et sophistiquée qui rencontre immédiatement son public.
Le succès est foudroyant. En quelques mois à peine, Champagne devient le parfum le plus vendu de l'année 1993 en France. Mais avant même d'avoir conquis toutes les étagères, il déclenche une bataille qui va faire couler beaucoup d'encre.
## La riposte des maisons de champagne
Car le nom ne fait pas rire tout le monde. Le Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne, le CIVC, l'organisme qui défend les intérêts des producteurs, rejoint par l'Institut National des Appellations d'Origine, l'INAO, porte plainte devant le Tribunal de grande instance de Paris.
Leur argument est simple et juridiquement solide. Champagne n'est pas un mot comme les autres. C'est une appellation d'origine contrôlée, un nom protégé qui désigne un vin précis, produit dans une région délimitée, selon des méthodes strictes. Utiliser ce nom pour un parfum, selon eux, revient à détourner la notoriété et le prestige de l'appellation à des fins commerciales étrangères au vin. En droit, cela porte un nom : le parasitisme.
L'affaire dépasse d'ailleurs le seul terrain judiciaire. Elle remonte jusqu'à l'Assemblée nationale et au Sénat, où des parlementaires de la Marne, département au cœur de la Champagne, interpellent le gouvernement. L'un d'eux rappelle que le champagne traverse alors une crise économique et ne peut se permettre de voir son appellation fragilisée par un autre produit. L'enjeu est autant symbolique qu'économique.
## Le verdict du 15 décembre 1993
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