Gucci, histoire d'une maison : du meurtre qui a inspiré Hollywood aux parfums que personne ne connaît
Tout commence avec un groom.
Un jeune Italien, Guccio Gucci, qui porte les valises des clients fortunés au Savoy de Londres, au tournant du XXe siècle. Il regarde ces bagages de luxe, ces matières, ces finitions, cette élégance qui appartiennent à un monde qui n'est pas le sien. Et il décide qu'un jour, ce monde, il le fabriquera. De cette ambition naîtra l'une des maisons les plus désirables et les plus tourmentées de l'histoire du luxe. Une saga qui mêle l'artisanat florentin, l'argent, le sang, Hollywood, et une histoire parfumée que peu de gens connaissent vraiment.
## Du Savoy de Londres à la boutique florentine
Guccio Gucci naît à Florence en 1881, fils d'un artisan du cuir. Jeune homme, il part chercher fortune à Londres et trouve un emploi au Savoy, palace fréquenté par l'aristocratie européenne. Le poste est modeste, mais l'observation est décisive. Il découvre l'univers du voyage de luxe, les malles, la sellerie, les codes d'une clientèle qui pratique l'équitation et collectionne les beaux objets.
En 1921, de retour en Italie, il ouvre à Florence une boutique de maroquinerie et de bagages. Son obsession est claire : mettre le savoir-faire artisanal toscan au service d'une clientèle aristocratique. Très vite, l'univers équestre devient la signature de la maison. Le mors, l'étrier, le fameux Horsebit qui orne le mocassin devenu iconique, au point d'entrer plus tard dans les collections permanentes de grands musées. Et ce ruban vert-rouge-vert, directement dérivé des sangles de selle, qu'on reconnaît encore aujourd'hui au premier regard. La maison grandit, traverse les pénuries de la guerre en inventant des matériaux de substitution comme la toile de chanvre imprimée, et connaît à partir des années 1950 une expansion internationale, de New York à Londres.
## Une saga familiale digne d'un film
Mais l'histoire de Gucci est aussi une histoire de famille. Et les familles, parfois, ça tourne mal.
À la mort de Guccio en 1953, ses fils reprennent l'entreprise et la portent à l'international. Mais les décennies suivantes voient s'installer des querelles d'héritiers d'une violence rare. Procès, trahisons, rivalités entre branches de la famille. Dans les années 1980, Aldo Gucci, l'un des fils du fondateur et l'architecte du succès américain de la marque, finit même condamné et emprisonné aux États-Unis pour fraude fiscale.
Le point de rupture survient au début des années 1990. Maurizio Gucci, petit-fils du fondateur et dernier membre de la famille à diriger la maison, traverse une période financièrement désastreuse. En 1993, il cède ses dernières parts à la société d'investissement bahreïnie Investcorp. Pour la première fois depuis 1921, plus aucun Gucci ne détient l'entreprise familiale. Le nom a survécu. La famille, non.
Puis vient le drame. Le 27 mars 1995, Maurizio Gucci est abattu de plusieurs balles devant ses bureaux, à Milan. L'enquête, longue de près de deux ans, révèle que le meurtre a été commandité par son ex-femme, Patrizia Reggiani, surnommée par la presse italienne la veuve noire. Elle sera condamnée pour cet assassinat. L'histoire est tellement romanesque qu'Hollywood s'en empare : en 2021, Ridley Scott réalise House of Gucci, avec Lady Gaga dans le rôle de Patrizia Reggiani, aux côtés d'Adam Driver, Al Pacino, Jared Leto et Salma Hayek. Peu de maisons peuvent dire que leur propre saga familiale est devenue un long-métrage de cette ampleur. Gucci, si.
## La renaissance par la création
Et pourtant, c'est précisément à ce moment, vidée de sa famille, que la maison renaît.
Sous la houlette du PDG Domenico De Sole et d'un directeur artistique encore jeune, Tom Ford, Gucci redevient dans la seconde moitié des années 1990 l'une des marques les plus désirables du monde. Ford impose une esthétique sulfureuse, glamour, sexuée, qui tranche avec l'image poussiéreuse héritée des années de crise. En 1999, le groupe qui deviendra Kering prend le contrôle de la maison et en fait le socle de son pôle luxe. Plus tard, dans les années 2010, un autre directeur artistique, Alessandro Michele, réinvente une nouvelle fois l'identité Gucci, dans un registre maximaliste, romantique et érudit, et propulse à nouveau la marque au sommet de la désirabilité mondiale.
## L'histoire parfumée, le versant méconnu
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