Balenciaga pousse ses parfums à l'extrême : Vanilla XXL, Pink Oud et Amber Crush
Balenciaga vient de dévoiler trois nouveaux extraits de parfum, et cette fois, la maison assume pleinement la surenchère. Les noms le disent sans détour : Vanilla XXL, Pink Oud, Amber Crush. Trois créations pensées pour pousser chaque signature olfactive à son maximum, disponibles à partir du 6 août 2026 en exclusivité chez Selfridges. Voici ce qu'il faut en savoir, et ce que j'en pense.
## Le retour d'une maison à son histoire
Pour comprendre ces trois extraits, il faut revenir à septembre 2025. C'est à cette date que Balenciaga a effectué son grand retour en parfumerie, sous l'égide de Kering Beauté, la division beauté du groupe Kering créée pour développer les parfums de ses maisons.
Ce retour ne s'est pas fait au hasard. La maison a bâti toute sa collection autour de son histoire, et plus précisément de Le Dix, son tout premier parfum, créé par Cristóbal Balenciaga en 1947 et composé à l'époque par le parfumeur Francis Fabron. Un chypre floral poudré devenu culte, mais perdu avec le temps. Pendant des années, aucun flacon ne subsistait dans les archives de la maison, jusqu'à ce que les équipes en retrouvent un exemplaire, qui a servi de point de départ à toute la nouvelle ligne. J'aime beaucoup cette démarche, disons-le. À une époque où tant de maisons lancent des parfums hors-sol, sans mémoire ni racine, reconstruire une collection à partir de son propre patrimoine olfactif est un geste que je trouve juste, et respectueux.
La collection inaugurale comptait dix parfums, tous présentés dans une réplique fidèle du flacon sculptural de 1947, avec une étiquette noire patinée à l'aspect vintage et un ruban noué à la main. Un vrai parti pris esthétique, à rebours des codes clinquants de la parfumerie de luxe contemporaine. Aujourd'hui, la maison enrichit cette gamme avec trois extraits, plus concentrés, plus intenses, plus profonds.
## Vanilla XXL, la vanille qui ne s'excuse jamais
Le premier s'appelle Vanilla XXL, et le nom annonce la couleur. Il s'agit d'une vanille noire, à mille lieues de tout ce qui est sage, discret ou attendu dans le registre pourtant très fréquenté des vanilles.
Ici, la vanille est entourée de musc, de cannelle et de rhum. Le résultat est une composition sombre, épicée, presque liquoreuse, où la douceur de la vanille est constamment tirée vers l'ombre par les épices et l'accent alcoolisé du rhum. C'est une vanille de caractère, opulente et assumée, le genre de vanille qui ne cherche pas à se faire pardonner sa gourmandise mais qui la revendique. Dans un marché saturé de vanilles propres et consensuelles, taillées pour plaire au plus grand nombre, en voir une choisir la profondeur et l'excès me réjouit. C'est un pari, et les paris, en parfumerie, sont devenus rares.
## Pink Oud, le contraste rose et oud
Le deuxième extrait, Pink Oud, joue tout entier sur une tension. Il oppose une absolue de rose de Damas, l'une des roses les plus nobles et les plus précieuses de la parfumerie, à un oud Assafi, un bois rare et coûteux.
Tout le jeu de la composition se situe dans ce contraste. D'un côté, la lumière de la rose, sa fraîcheur veloutée, sa dimension florale presque solaire. De l'autre, la puissance sombre et résineuse de l'oud, cette matière dense et animale venue d'Orient. L'un empêche l'autre de basculer dans l'excès : la rose adoucit l'oud, l'oud empêche la rose de devenir mièvre. Le résultat est un floral qui garde toute sa force, une rose qui ne se laisse jamais réduire à la joliesse. L'accord rose-oud n'est pas neuf, il a même été beaucoup exploité ces dernières années, mais tout se joue dans l'exécution et l'équilibre. C'est là qu'on reconnaît une belle main.
## Amber Crush, la chaleur enveloppante
Le troisième, Amber Crush, est sans doute le plus chaud et le plus enveloppant des trois. Il s'ouvre sur une liqueur de prune, qui apporte d'emblée une douceur sombre et juteuse, presque confite, une gourmandise fruitée mais jamais légère.
Puis le santal, l'encens, les épices et l'ambre prennent le relais pour installer une base profonde. La fin est fumée, dense, résineuse, une de ces signatures ambrées qui vous entourent complètement et persistent longtemps sur la peau. C'est un parfum d'enveloppement, pensé pour les saisons froides et les sillages qui réchauffent. La prune lui évite la lourdeur, l'encens lui donne sa dimension presque sacrée. Pour moi, c'est peut-être le plus abouti des trois sur le papier, celui dont la construction paraît la plus riche.
## Une même idée poussée à l'extrême
Trois extraits, trois directions olfactives radicalement différentes, mais une seule et même intention derrière eux : prendre une signature connue, un accord familier, et le pousser à son maximum d'intensité et de concentration. La vanille devient XXL, la rencontre rose-oud devient un choc frontal, l'ambre devient un cocon fumé.
C'est une démarche cohérente avec l'époque, où le format extrait de parfum, plus concentré et plus tenace, séduit un public d'amateurs en quête de matières riches et de sillages affirmés. En réservant ces trois créations à une distribution exclusive chez Selfridges, à Londres, Balenciaga leur confère aussi un supplément de rareté et de désirabilité, une stratégie devenue courante pour les lancements les plus pointus des grandes maisons. Je la comprends commercialement, même si, en tant qu'amateur, je regrette toujours un peu ces exclusivités géographiques qui obligent à passer par une seule adresse, souvent à l'étranger, pour simplement sentir un parfum.
## Mon regard
Ce qui me plaît dans cette démarche, au fond, c'est la cohérence. Depuis son retour, Balenciaga ne cherche pas à faire du volume, mais à raconter quelque chose, à partir d'un patrimoine réel et d'un parti pris esthétique fort. Ces trois extraits prolongent cette logique en assumant l'intensité, le caractère, le refus du consensus. Reste évidemment l'épreuve du réel, celle du porté, qui seule dira si la promesse tient sur la peau. Un beau descriptif ne fait pas un beau parfum, et je me méfie toujours des compositions qui impressionnent sur le papier avant de décevoir au poignet.
Mais l'intention, elle, va dans le bon sens. Celui d'une maison qui, plutôt que de courir après les tendances, préfère creuser sa propre identité et l'affirmer sans s'excuser. Dans le paysage actuel, c'est déjà beaucoup. Il me tarde de les sentir pour vous en dire plus, matière contre matière.