À Versailles, on peut sentir le parfum de Napoléon : bienvenue à l'Osmothèque
Il existe un endroit, à Versailles, où l'on peut sentir l'eau de Cologne que Napoléon portait en exil. Pas une évocation, pas une interprétation moderne. Sa formule exacte, refaite à l'identique. Cet endroit, c'est l'Osmothèque, un lieu unique au monde, et l'une des institutions les plus précieuses et les plus méconnues de toute la parfumerie. Un conservatoire dédié à une mission aussi belle que vertigineuse : empêcher les odeurs de mourir.
## Le rangement des odeurs
Le nom lui-même est un poème. Osmothèque vient du grec osmé, l'odeur, et thêkê, le rangement, le coffre, sur le modèle du mot bibliothèque. Littéralement, le rangement des odeurs. Un lieu où l'on archive non pas des livres, mais des parfums.
L'institution a été fondée le 26 avril 1990 à Versailles, sur le campus de l'école de parfumerie ISIPCA, à l'initiative d'un groupe de parfumeurs réunis autour de la Société Française des Parfumeurs. La figure centrale de ce projet, c'est Jean Kerléo, le nez historique de la maison Jean Patou. Son idée était simple et un peu folle. Il était parti d'un constat désolant : quand un parfum cesse d'être commercialisé, il disparaît purement et simplement. Sa formule se perd, souvent détruite lors de la fermeture ou du rachat d'une maison, et son odeur s'efface peu à peu de toutes les mémoires. Des œuvres entières, parfois des chefs-d'œuvre, s'évanouissaient dans le néant. Il fallait un endroit pour les sauver. Jean Kerléo s'est éteint en juillet 2025, mais l'institution qu'il a fondée perpétue sa vision, aujourd'hui présidée par le parfumeur Thomas Fontaine.
## Un trésor de plus de quatre mille parfums
Aujourd'hui, l'Osmothèque conserve plus de quatre mille fragrances. Et parmi elles, environ huit cents reconstructions de parfums qui n'existent plus nulle part ailleurs. Des créations mortes commercialement, introuvables dans le commerce, dont il ne subsiste parfois qu'un seul témoignage au monde, ici, dans cette chambre forte à l'abri de la lumière.
Certains de ces parfums sont des jalons de l'histoire. Le Chypre de Coty, créé par François Coty en 1917, dont l'accord de bergamote, de labdanum et de mousse de chêne a donné naissance à toute une famille olfactive, les chyprés, qui porte son nom aujourd'hui encore. Le Tabac Blond de Caron, l'un des premiers grands cuirs de la parfumerie moderne. Fougère Royale de Houbigant, Jicky de Guerlain, autant de matrices fondatrices dont des générations de parfums descendent. Sans l'Osmothèque, sentir ces monuments serait tout simplement impossible.
## Le parfum de l'empereur
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